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La place de l’esprit dans la pratique des asanas

25 octobre 2026 by Gaby Levy 1 commentaire

Et si la pratique des asanas ne consistait pas seulement à placer notre corps dans une posture, mais aussi à apprendre à apaiser le mental, ce petit singe qui bavarde sans arrêt dans notre tête ?

Nous avons exploré la définition de l’asana selon Patanjali : Sthira Sukham Asanam, la posture doit être stable et confortable.

Mais le corps est-il la seule chose qui doive devenir stable ? L’immobilité physique n’implique pas nécessairement une stabilité mentale. La question n’est pas seulement de savoir si le corps peut demeurer immobile, mais aussi si l’esprit peut trouver une certaine stabilité.

Car nous pouvons rester relativement immobiles dans une posture et pourtant avoir la tête pleine de pensées. Notre corps est là, mais notre esprit, lui, est ailleurs.

Est-ce que je fais correctement cette posture ? Est-ce que je pourrais aller un peu plus loin ? Pourquoi est-ce que je manque d’équilibre aujourd’hui ? Est-ce que les autres y arrivent mieux que moi ? Combien de temps devons-nous encore rester comme ça ? Et qu’est-ce que je vais bien pouvoir préparer pour le dîner ce soir ?

Ça te parle ? 😊

Notre petit singe intérieur ne manque décidément pas d’imagination ! Il saute d’une pensée à l’autre, commente, compare, juge, anticipe… Et parfois, nous en oublions presque de ressentir pleinement la posture que nous sommes en train de pratiquer.

Faire la posture… ou vivre la posture ?

Lorsque nous pratiquons une posture, notre attention est naturellement attirée par le corps. Nous cherchons notre équilibre, ajustons nos appuis, engageons certains muscles et essayons de trouver un alignement adapté à nos possibilités.

Tout cela fait partie de la pratique et reste important.

Mais notre esprit peut, lui aussi, être très occupé : nous voulons réussir la posture, aller un peu plus loin, mieux faire qu’hier. Nous nous comparons parfois aux autres, ou même à la personne que nous étions il y a quelques années.

Sans nous en rendre compte, nous ajoutons à l’effort physique tout un effort mental.

Et si nous pouvions apprendre à faire la différence entre l’effort nécessaire à la posture et cette agitation intérieure qui nous empêche parfois de profiter pleinement de notre pratique ?

C’est ici que les enseignements de Patanjali prennent une dimension particulièrement intéressante.

Relâcher l’effort, sans cesser d’être attentif

Dans les Yoga Sutras, après avoir défini l’asana comme stable et confortable, Patanjali poursuit avec cette formule :

« Prayatna-śaithilya-ananta-samāpattibhyām »

On peut comprendre cette formule comme une invitation à relâcher l’effort et à s’ouvrir à ce qui est sans limites.

Cette idée mérite que l’on s’y attarde.

Relâcher l’effort ne signifie pas devenir passif, abandonner l’engagement physique ou laisser notre corps s’installer n’importe comment dans une posture. Il y a des moments où nous avons besoin de force, de concentration et d’un engagement musculaire bien réel.

Mais il y a aussi cet effort supplémentaire que nous ajoutons parfois sans même nous en apercevoir : vouloir absolument réussir, contrôler chaque détail ou nous juger lorsque notre corps ne répond pas comme nous le souhaiterions.

Nous pouvons faire un effort sans nous battre contre nous-mêmes. Nous pouvons être pleinement engagés dans une posture sans nous crisper sur le résultat.

Et nous pouvons laisser notre petit singe intérieur bavarder un peu moins, sans avoir besoin de lui ordonner de se taire ! Essayer de supprimer nos pensées à tout prix ne ferait souvent qu’en ajouter une de plus à la liste.

L’idée est plutôt d’apprendre à ne pas nous laisser entraîner par chacune d’elles.

Une pensée apparaît ? Nous la remarquons, puis nous ramenons doucement notre attention vers notre respiration, nos sensations, nos appuis.

Et nous revenons à ce que nous sommes en train de vivre.

Encore et encore.

C’est aussi cela, la pratique.

Quand le bavardage intérieur s’apaise, l’expérience s’élargit

Imagine un instant que tu sois dans une posture d’équilibre.

Ton pied est bien ancré au sol, ton corps s’organise pour maintenir la stabilité et ta respiration accompagne l’effort.

Mais ton esprit s’agite : Je vais perdre l’équilibre… Je tremble trop… Je n’y arriverai jamais…

Toute ton attention est absorbée par la peur de tomber et par ton jugement sur ce qui se passe.

Maintenant, imagine que tu reviennes simplement à ta respiration. Tu sens ton pied au sol, tu remarques les petits ajustements de ton corps, tu laisses ton regard se poser et tu acceptes que l’équilibre soit vivant, jamais complètement figé.

La posture n’est pas nécessairement devenue plus facile, mais ta relation à l’expérience a changé.

Tu es moins préoccupé par ce qui pourrait arriver et davantage présent à ce qui se passe réellement. Tu perçois non seulement l’effort, mais aussi ta respiration, les sensations et les mouvements subtils qui te permettent de rester en équilibre.

La posture n’est plus uniquement quelque chose que tu essaies de réussir. Elle devient une expérience que tu apprends à ressentir dans sa totalité.

Lorsque nous cessons, même un instant, d’analyser et de juger tout ce que nous faisons, notre attention peut s’ouvrir à davantage : notre respiration, nos sensations, notre environnement et cet espace intérieur qui apparaît lorsque nous ne cherchons plus à tout contrôler.

Il ne s’agit pas de ne plus penser, mais de ne plus être constamment absorbé par nos pensées.

Du tapis de yoga à la vie quotidienne

Patanjali poursuit avec le sutra II.48, qui évoque les paires d’opposés (dvandva) : le chaud et le froid, le plaisir et l’inconfort, par exemple. Lorsque nous trouvons davantage de stabilité et d’aisance dans la posture, ces opposés peuvent peu à peu perdre de leur pouvoir de perturbation.

Sur notre tapis, ces oppositions se manifestent aussi dans les variations de nos sensations, de notre énergie et de notre confort. Une posture nous semble agréable aujourd’hui, puis beaucoup moins le lendemain. Nous nous sentons équilibrés un jour, fatigués ou moins disponibles le suivant.

Le corps change. Nos sensations changent. Notre énergie change.

Nous ne pouvons pas toujours choisir ce qui se présente à nous, mais nous pouvons apprendre à observer la manière dont nous y réagissons.

Est-ce que nous nous jugeons immédiatement lorsque les choses deviennent plus difficiles ? Est-ce que nous nous crispons parce que la posture ne correspond pas à nos attentes ? Ou pouvons-nous accueillir ce qui se présente, adapter notre pratique et continuer à respirer ?

Bien entendu, cela ne signifie jamais qu’il faut ignorer la douleur ou forcer lorsque notre corps nous demande de nous arrêter. Être à l’écoute de nos limites fait pleinement partie du chemin.

Mais nous pouvons apprendre à traverser les difficultés sans y ajouter systématiquement une couche de frustration, de jugement ou de résistance mentale.

Et cette capacité ne s’arrête pas à la fin du cours.

Dans la vie quotidienne aussi, notre petit singe intérieur est souvent très actif. Il ressasse le passé, anticipe l’avenir, imagine ce qui pourrait mal se passer et commente ce que nous devrions faire différemment.

La pratique des asanas ne va pas nécessairement le faire taire pour de bon — et heureusement, nous n’avons pas besoin d’être parfaitement sereins pour pratiquer !

Mais elle peut nous aider à reconnaître ce bavardage, à prendre un peu de recul et à revenir à ce qui est réellement présent.

Petit à petit, nous découvrons qu’il est possible de faire face à une difficulté sans nous laisser entièrement envahir par elle. Nous apprenons à nous adapter et à retrouver nos appuis, même lorsque tout n’est pas exactement comme nous le souhaiterions.

Dans la posture, toute une expérience intérieure

La prochaine fois que tu pratiqueras une posture, prends quelques instants pour observer ce qui se passe en toi : sens ta respiration, tes appuis et les sensations qui te traversent. Remarque les pensées qui apparaissent, sans chercher à les chasser ni à les suivre.

Peut-être découvriras-tu que ta posture n’a pas changé, mais que ta manière de la vivre, elle, est différente.

La posture est ce que nous explorons avec notre corps. Mais la qualité de notre attention détermine en partie la profondeur de notre expérience.

Et toi, as-tu déjà remarqué ce qui se passe dans ton esprit lorsque tu pratiques une posture ?

À très bientôt sur nos tapis !

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Interactions du lecteur

Commentaires

  1. Michelle Grillon dit

    27 octobre 2026 à 7h02

    Article très intéressant qui pointe bien les difficultés que nous avons avec ce mental si actif ! MERCI Gaby d’attirer notre attention sur les nuances à apporter dans nos postures et dans notre vie quotidienne pour apprendre à le dompter progressivement !

    Répondre

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